Thomas Thwaites | Photo : northcountrypublicradio.org

Thomas Thwaites | Photo : northcountrypublicradio.org

Le 22 septembre 2016 s’est tenue la cérémonie de l’Ig Nobel (à prononcer Ignobel), qui a accueilli les chercheurs actuels les plus farfelus de la planète. Depuis 1991, ce drôle d’événement est organisé chaque année par un magazine scientifique humoristique, le Annals of Improbable Research. Ce concours saugrenu s’attache à décerner, selon les dires des organisateurs, le prix parodique du Prix Nobel à dix recherches scientifiques “qui font d’abord rire les gens, puis les font réfléchir”. En effet quand l’absurde est source de connaissance, c’est la moindre des choses de le récompenser avec une telle foire abracadabrante.

Lors de la 26ème cérémonie du genre, organisée à Cambridge sur le campus de la prestigieuse université de Harvard, le prix de reproduction est allé à un chercheur de l’université du Caire, Ahmed Shafik, pour ses travaux sur la sexualité des rats en pantalon. L’étude, dont la publication remonte à 1993, avait conclu qu’un rat portant un pantalon contenant du polyester était moins actif sexuellement qu’avec ceux faits uniquement de laine ou de coton. Malheureusement, le chercheur est décédé en 2007.

Du projet de banque du sperme qui n’accepte que des Prix Nobel et des champions olympiques (1991) à l’’apprentissage du discernement entre du Picasso et du Monet à des pigeons (1995), en passant par la reprise des essais nucléaires dans le Pacifique commandé par Chirac alors que l’on célébrait le cinquantième anniversaire des bombardements de Hiroshima et Nagasaki (1996), certains prix peuvent également être profondément ironique.

Parmi les dix lauréats, dans la catégorie biologie, le Britannique Thomas Thwaites a été récompensé après avoir passé trois jours dans la peau d’une chèvre. Il a fabriqué des prothèses lui permettant de marcher longtemps à quatre pattes, avec des mouvements comparables à ceux d’une chèvre, y compris en pente car il a réalisé son expérience dans les Alpes suisses. Il a également mangé de l’herbe, cuite à la cocotte-minute, lors des trois jours qu’a duré son expérience. Vainqueur du prix de biologie, ce designer de formation avait obtenu une bourse du Wellcome Trust, un fonds de recherche en biologie, pour financer son projet.

Comme l’a indiqué l’AFP, ce dernier a partagé son prix avec un autre homme devenu animal, le Britannique Charles Foster, qui a essayé d’imiter le style de vie d’un blaireau, d’un renard, d’un cerf, d’une loutre et d’un oiseau. Les deux hommes se sont vus octroyer, comme tous les lauréats présents, un trophée en forme de grande horloge ainsi qu’un billet de dix mille milliards de dollars zimbabwéens, d’une valeur inférieure à un centime d’euro.

Dans la catégorie économie, l’anti-Nobel a été attribué à une équipe de trois chercheurs, deux Néo-Zélandais et un Britannique qui se sont intéressés à la personnalité des pierres. Ils ont ainsi cherché à appliquer à des morceaux de roche le concept marketing de personnalité des marques, qui consiste à attribuer à des marques des traits de la personnalité humaine. L’étude a montré que des personnes mises en contact avec les pierres pouvaient leur attribuer des caractéristiques de la personnalité humaine. Les chercheurs en ont conclu que le concept de personnalité des marques devait être appréhendé avec beaucoup de prudence.

Toujours avec beaucoup d’ironie, le comité a aussi décerné le prix de chimie à Volkswagen, récompensé pour avoir “résolu le problème des émissions polluantes excessives des automobiles en produisant (…) moins d’émissions à chaque fois que leurs voitures étaient testées”.

Voici quelques prix décernés ces dernières années et qui valent leur petit pesant d’or :

  • Dans le domaine de l’ingénierie et de la sécurité, le canadien Troy Hurtubise a reçu un prix en 1998 pour avoir développé et testé personnellement une armure à l’épreuve des grizzlys.
  • En Biologie, un prix est revenu en 1999 au docteur Paul Bosland, directeur de l’Institut du piment dans le Nouveau-Mexique pour avoir créé un piment jalapeño non épicé.
  • Andre Geim et Sir Michael Berry ont eux aussi été lauréats, pour avoir fait léviter une grenouille avec des aimants. Cependant, cas inédit, Andre Geim a reçu ensuite le prix Nobel de physique en 2010.
  • La littérature était aussi à l’honneur avec l’américain David S. Kreiner. Il a été salué pour son rapport sur “les effets des surlignements inopportuns pré-existants sur la compréhension de la lecture”.
  • Steven Stack et James Gundlach ont aussi été récompensés pour leur rapport publié en 2004 sur “L’effet de la musique country sur le suicide”.